Le Masque en Afrique subsaharienne: 

le visage de l’art sculptural africain

Le Masque en Afrique subsaharienne est un élément central de la création plastique. Ces oeuvres sont la plupart du temps anonymes, mais dans certains cas, des ateliers ou des “mains de maîtres” arrivent à se démarquer et ces sculpteurs ont alors un véritable rôle social.

Les fonctions du Masque

Le Masque est réalisé pour être porté lors d’événements sociétaux spécifiques : cérémonies, rites, spectacles divinatoires, initiations, etc. Les premiers anthropologues et ethnologues occidentaux auto-proclamés spécialistes de l’art africain, tel que William Buller Fagg, parlent alors de « mascarades », laissant ainsi supposer que ces événements seraient une forme de carnaval, dont le divertissement et la farce seraient les desseins principaux. Or, loin d’être des mascarades, ces sorties sont les événements fondateurs des groupes socio-culturels africains issus de la culture du Masque. Le Masque est l’élément fondateur de la cohésion des hommes : le Masque en Afrique est une institution qui a des responsabilités sociales, éthiques et esthétiques.

Bien que la première fonction du Masque ne soit pas décorative, son esthétique est prépondérante. Le masque africain ne représente pas le monde visible, il est sculpté dans des formes très expressives qui rendent sensibles des réalités d’ordre moral ou surnaturel. L’art africain ne cherche pas à faire naître la seule émotion esthétique, il organise les sociétés.

Masques-planches nwantantay Bwa, au Burkina Faso, lors d’une danse relatant la genèse des clans et des lignages
Masque Zamble Gouro dansant lors de funérailles ou de festivités rassemblant les villages en Côte d’Ivoire. © Michel Huet
Masque Zamble Gouro, en Côte-d’Ivoire, dansé lors de funérailles ou de festivités rassemblant des villages
Masques-planches Nwantantay Bwa lors d’une danse relatant la genèse des clans et des lignages au village Boni (Burkina Faso). © Grete Howard

La culture du Masque

Danseur portant un masque Mbuya Pende lors d’une cérémonie de circoncision en République Démocratique du Congo. © Zoe S. Strother

Le Masque supprime l’identité. Il masque au sens propre et au sens figuré celui qui le porte afin qu’il puisse revêtir et personnifier l’entité qu’il incarne. Les peuples africains issus de la culture du Masque reconnaissent trois éléments composant le masque : 

  • Le visage du Masque, le plus souvent une pièce de bois sculptée.
  • Le costume et ses attributs : tuniques, jupes de raphia, jambières, échasses, grelots, clochettes.… qui cachent la silhouette humaine.
  • Le porteur de masque, généralement un homme, qui effectue une danse accompagnée de musique.

La partie sculptée, la plus travaillée, est souvent celle parvenue jusqu’à nous. Elle ne constitue qu’une partie de l’entité masque-costume-porteur répondant à un nom spécifique propre à chaque groupe.

Les différentes formes de masques

Les formes de la pièce en bois sculptée sont assez variées : de différentes tailles, allant de la plus petite à la plus grande, le masque peut-être frontal, facial, masque cimier, heaume ou casque. Il peut aussi être porté sur l’épaule, sur le ventre, à la ceinture ou posé sur le sol.

Le masque facial

Le masque facial est le plus répandu. Il recouvre totalement ou partiellement le visage et reproduit souvent une face humaine ou animale, soit une face composite (anthropo-zoomorphe ou composée de caractéristiques de plusieurs animaux), soit une face complètement abstraite.

Masque Fang, Gabon
Masque Fang, Gabon. © FDL / Sedef Sezginer
Masque Tsayé, Teke, République Démocratique du Congo
Masque Tsayé Teke, République Démocratique du Congo. © FDL / Sedef Sezginer
Masque « hyène » suruku, Bamana, Mali
Masque « hyène » Suruku Bamana, Mali. © Sedef Sezginer

Le masque cimier

Le masque cimier se porte sur le front ou au sommet de la tête à l’aide d’une base en vannerie, par exemple.

Masque-cimier augum ou iki, Yukuben, Nigéria
Masque-cimier Augum ou Iki Yukuben, Nigeria. © FDL / Sedef Sezginer

Le masque-heaume ou casque

Le masque-heaume ou casque peut englober l’ensemble du visage jusqu’aux épaules.

Masque-heaume Gélédé, Yoruba, Nigéria
Masque-heaume Gélédé Yoruba, Nigeria. © FDL / Sedef Sezginer

Un bref panorama des aires stylistiques

Selon sa forme, le Masque acquiert dans le groupe socio-culturel africain une fonction spécifique. Il est omniprésent en Afrique de l’Ouest, partie du continent africain largement représentée dans la collection singulière du FDL.

Les masques zoomorphes

Les masques des agriculteurs du bassin du Niger comme les Bambara, les Bwa ou les Dogon, représentent souvent des animaux associés à l’agriculture comme l’antilope ou des masques composites associant caractéristiques humaines et animales alliées dans la culture des terres.

masque poisson
Masque « poisson » Bwa, Burkina Faso. © FDL / Sedef Sezginer

Les masques aux traits naturalistes

Les peuples des forêts comme les Yoruba, les Baoulé/Yaouré ou les Dan sculptent des masques souvent naturalistes à visage humain incarnant les esprits ou les idéaux de beauté.

Masque kokolè kwain, Yaouré, Côte-d’Ivoire
Masque Kokolè kwain Yaouré, Côte d’Ivoire. © FDL / Sedef Sezginer
Masque zapkei ge ou gunye ge Dan, Côte-d’Ivoire
Masque Zapkei ge ou Gunye ge Dan, Côte d’Ivoire. © FDL / Sedef Sezginer

Les masques blancs

La région des bassins de l’Ogooué abrite des styles de masque très contrastés. On y trouve les masques blancs chez les Punu et les Fang. Pour les uns, visages idéalisés de défunts, pour les autres, visages de la justice sanguinaire. La couleur blanche est aussi présente sur les masques Kwélé, chefs-d’œuvre de grâce et de simplicité.

Masque mukuyi Punu, Gabon
Masque Mukuyi Punu, Gabon. © FDL / Sedef Sezginer
Masque Ngil, Fang, Gabon
Masque Ngil Fang, Gabon. © FDL / Sedef Sezginer
Masque Kwélé, Gabon
Masque Kwélé, Gabon. © FDL / Sedef Sezginer

Les masques aux formes expressionnistes

Les Masques des Guéré/Bété, Wobé, et Krou sont violemment expressionnistes et associés à des éléments zoomorphes (cornes, défenses) et à des excroissances tubulaires, ornés d’éléments divers (dents, clous de cuivre, cauris, charges magiques) qui renforcent leurs fonctions spécifiques de défenseurs des hommes face aux esprits de la forêt.

Masque « araignée » Bété, Côte-d’Ivoire
Masque « araignée » Bété, Côte d’Ivoire. © FDL / Sedef Sezginer

Ces exemples non exhaustifs illustrent la diversité des formes et significations du Masque en Afrique, entité qui « vient de la brousse ». Le Masque, n’est pas créé par l’homme, il fait partie de la nature et de l’univers. Il est une entité immortelle régissant les mortels.


Références bibliographiques sélectives :
• BOUILLER Claire, CALAME-GRIAULE Geneviève, COQUET Michèle, NEYT François, « AFRIQUE NOIRE (Arts)Aires et styles », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020.
URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/afrique-noire-arts-aires-et-styles/
• DUPUIS Annie, « MASQUES – Le masque en Afrique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020.
URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/masques-le-masque-en-afrique/
• FAGG William, Masques d’Afrique dans les collections du musée Barbier-Müller, Nathan, Paris, 1980. 
• TIEROU Alphonse, Paroles de masques. Un regard sur l’art africain, Paris, Maisonneuve & Larose, 2007. 

 

 

%d blogueurs aiment cette page :